J'adore la Bibliothèque. A chaque fois que j'y vais, je peux y passer des heures, à fouiner partout le moindre livre qui pourrait se révéler passionnant.
Ce que j'apprécie par dessus tout dans ce genre d'endroit, c'est de savoir que les livres que vous tenez entre vos mains ont appartenus à d'autres personnes, qui ont peut être eu les mêmes réactions que vous en le choisissant et en allant le lire. Un peu comme le web si on n'y réfléchit bien.
Non, ça ne vous fait ni chaud ni froid ? Vous vous en fichez pas mal de savoir quel genre de personne lit ce livre que vous avez tant aimé ? Je suis donc la seule.
Cependant, je continue à penser que vous devez quand même bien avoir une réaction lorsque vous retrouvez entre les pages des choses qui n'ont rien à faire ici
. Ah ! C'est tout de même stupéfiant le nombre d'idées qui nous viennent à l'esprit lorsque cela nous arrive.
La curiosité est un vilain défaut, et bien tant pis, dès lors que la personne a rendu son livre, tout ce qu'elle a oublié à l'intérieur nous revient.
On tombe sur un feuillet coincé entre le chapitre 8 et 9, on le prend très délicatement, et notre c½ur s'emballe, comme si on avait découvert un vestige de la Mésopotamie primitive. A la manière d'Amélie Poulain ouvrant la boite à souvenir du fils des anciens propriétaires de son appartement, on ouvre le feuillet et le lit, les larmes aux yeux.
Pourtant, son contenu n'a rien de très palpitant : des simples tickets de caisses du prix-unique ou bien des banales cartes postales, sans rien écrit dessus. Mais ce n'est pas grave. Le ticket de caisse est analysé à la loupe, et avec l'adresse du magasin on sait enfin dans quel quartier est susceptible d'habiter le mystérieux propriétaire. On lit et on relit la liste des produits achetés, espérant trouver un quelconque message dissimulé entre la botte de radis et le paquet de 10 steaks hachés surgelés Charal.
Si il s'agit d'une carte postale, on regarde l'image en se demandant si le mystérieux inconnu s'est vraiment rendu à cette endroit : Acajou-les-bain. On se renseigne sur le village, qu'on trouve à la fois pittoresque et très poétique.
C'est incroyable comme des choses sans aucun importance deviennent tout à coup aussi intrigantes. lorsqu'elles appartiennent à des gens que l'on ne connaît pas.
Ne vous attendez pas à retrouver de vieux testaments dissimulés depuis de longues années, ou encore des lettres de rupture. Il ne faut pas rêver, nous ne sommes pas dans un mauvais téléfilm.
Pour trouver ce genre de reliques, oubliez les livres trop techniques, ou des ½uvres de grands écrivains. Un roman issu de la dernière rentrée littéraire est très bien. Le mieux est de chercher dans les romans qui intéressent le plus souvent les femmes (c'est bien connu, les filles oublient tout partout, de plus, les hommes n'utilisent pas de marque-page, ce n'est pas assez viril, ils préfèrent en général corner le coin de la page), c'est-à-dire à peu près tout sauf les romans de science fiction, d'horreur, et les biographies d'hommes politiques. Pourquoi pas un recueil de poème, voire d'une pièce de théâtre, à condition que cette dernière soit une pièce du 20ème siècle. Ne comptez pas sur les grand traités de philosophie, que prennent le plus souvent les filles pour impressionner la gente masculine (comme je fais, moi, parfois, pour faire « adulte » alors qu'en fait je meurs d'envie de prendre Blanche Neige et les Lances missiles au rayon S-F).
Lorsque vous avez en main le dernier Gavalda (qui accueille un énorme succès, et qui le mérite d'ailleurs, auprès des femmes de tout âge), feuilletez légèrement le roman, je suis certaine que vous trouverez un petit mot caché (c'est tellement excitant).


